Le lundi 19 octobre 2026, l’exposition collective Vers la paix perpétu-aile(s) / The Wings of Peace a ouvert ses portes au 84 rue de Turenne, dans le 3e arrondissement de Paris, avec un vernissage de 17 h à 21 h. Honargardi y était. Cinq artistes de générations différentes — ORLAN, Esther Ferrer, Oleg Kulik, Léa Le Bricomte et Émeric Lhuisset — se retrouvent autour d’une question : comment parler de la guerre et imaginer la paix aujourd’hui ? L’exposition est à voir jusqu’au 31 octobre, de 11 h à 19 h, en parallèle d’Art Basel Paris 2026.

Une paix à ailes
Le titre est un jeu de mots difficile à traduire. « Paix perpétuelle » est l’expression employée par Kant en 1795 dans son essai sur la fin de la guerre ; ici, le mot « aile » s’y glisse. Il en naît une paix à ailes : légère, mobile, facile à perdre. ORLAN a donné ce titre à l’une de ses sculptures, avant qu’il ne devienne celui de toute l’exposition.
Comment l’exposition s’est construite
Dans un entretien enregistré avec Kasra Aliha (Honargardi), le commissaire de l’exposition, Jean-Baptiste Chantoiseau, explique que le projet est parti d’ORLAN, choisie pour son engagement de longue date en faveur de la paix ; l’équipe a estimé que la sculpture qui donne son nom à l’exposition porte un message fort pour le moment présent. En discutant avec elle, l’équipe a décidé d’inviter des artistes d’autres générations à faire entendre leur voix sur la manière dont les guerres commencent et dont une paix réelle peut être atteinte.
ORLAN : la colombe après le Louvre
ORLAN (née en 1947 à Saint-Étienne) fait de son propre corps sa matière première depuis les années 1960 ; elle est surtout connue pour ce qu’elle appelle l’« art charnel », défini dans un manifeste de 1989. Sa contribution prolonge ses Leçons d’artiste au Louvre, avec la colombe pour motif. Au centre, la sculpture Pour la paix perpétu-aile(s) (2024), réalisée en poudre de marbre à partir d’un scan 3D et d’un moulage de son propre corps. Elle est présentée avec une version photographique et avec le photomontage lenticulaire L’Origine de la guerre (2023), dont le titre fait référence à L’Origine du monde de Courbet.

Esther Ferrer : jouets et armes
Esther Ferrer (née en 1937 à Saint-Sébastien, vit à Paris) est l’une des pionnières de la performance en Espagne ; membre du groupe Zaj de 1967 à sa dissolution en 1996, elle a reçu le prix Vélasquez en 2014. Sa série Juguetes educativos (« Jouets éducatifs ») rapproche les associations de l’enfance et la finalité destructrice des armes. Le commissaire, Jean-Baptiste Chantoiseau, résume l’idée d’une phrase : du jouet d’enfant à l’instrument de destruction massive, il n’y a parfois qu’un pas, dès lors que le pouvoir est confié à des dirigeants puérils et irresponsables.
Oleg Kulik : des images des années 1990 qui parlent encore d’aujourd’hui
Oleg Kulik (né en 1961 à Kyïv) a été une figure majeure de l’actionnisme moscovite des années 1990, connu pour des performances où il endossait la figure du chien. À Paris, il montre des photomontages de la fin des années 1990, dont At Home et At the Church, de la série The Russian : des tirages numériques sur les contradictions, l’absurdité et le kitsch de la vie postsoviétique. Le commissaire les décrit comme des images de la vie à Moscou, de la violence dans la rue et de l’espoir de paix. Réalisées il y a plus d’un quart de siècle, elles ont été qualifiées de presque prophétiques aujourd’hui.
Léa Le Bricomte : désamorcer les matériaux de la guerre
Léa Le Bricomte travaille avec les matériaux physiques et symboliques de la guerre et en déplace le sens. Son installation Dripping Medals est composée de médailles militaires et de rubans authentiques de la Première Guerre mondiale, suspendus en coulures comme une peinture abstraite de type dripping. À proximité se dressent des structures en gradins faites de cartouches, qui évoquent de loin des temples. Le commissaire décrit le geste comme ironique, voire humoristique : transformer quelque chose de violent en autre chose. Le commissaire se demande si désamorcer la guerre en détournant ses moyens pourrait être un premier pas vers la paix.

Émeric Lhuisset : la réponse des cosaques
Émeric Lhuisset (né en 1983) a étudié l’art à l’École des Beaux-Arts de Paris et la géopolitique à Paris 1 Panthéon-Sorbonne et à l’École normale supérieure ; il enseigne l’art contemporain et la géopolitique à Sciences Po. Depuis 2004, il travaille dans des zones de conflit, dont l’Irak, l’Afghanistan, la Syrie, la Colombie et la Turquie, et il retourne régulièrement en Ukraine depuis 2014. À Paris, il présente J’entends au loin la réponse des cosaques, remise en scène contemporaine de La Réponse des cosaques zaporogues d’Ilya Répine, réalisée en Ukraine en 2023 avec des soldats. Le commissaire le décrit comme un photographe engagé à travailler en zone de guerre et à apporter un témoignage par des images très soignées.
Le commissaire dit avoir tenu à réunir dans la même exposition un artiste qui travaille en Ukraine et un artiste lié à Moscou, afin que le parcours puisse faire exister quelque chose entre deux pays aujourd’hui en guerre.

Informations pratiques
- Exposition : Vers la paix perpétu-aile(s) / The Wings of Peace (Guerre et Paix)
- Dates : du 19 au 31 octobre 2026, de 11 h à 19 h
- Adresse : 84 rue de Turenne, 75003 Paris
- Commissaire : Jean-Baptiste Chantoiseau ; coordination : Raphaël Chantoiseau ; production : Sarah Vinitz et Elena Volnykh
- Organisée par : Tora and Art Foundation et Bien En Place
Honargardi remercie Raphaël Chantoiseau d’avoir rendu ce reportage possible.
Texte et photographies : Kasra Aliha. Œuvres © les artistes.
Sources : Tora and Art Foundation ; Bien En Place ; Our Culture (16 octobre 2026) ; sites et fiches des artistes : ORLAN, Esther Ferrer, Oleg Kulik, Léa Le Bricomte, Émeric Lhuisset.
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