Jour : 17 octobre 2026

  • Les fondateurs de Namak : cuisiner persan pour Paris

    Les fondateurs de Namak : cuisiner persan pour Paris

    « Namak » signifie « sel » en persan. C’est aussi le nom d’un restaurant persan situé au 18 rue Saint-Lazare, dans le 9e arrondissement de Paris, tenu par deux amis d’enfance, Rod Pourcyrus et Arthur Comte.

    Le 17 octobre, après la conférence dégustation de Pierre Raffard, Voyage en cuisine iranienne, au festival Et maintenant ? d’ARTE, bâtie autour de plats de Namak, Kasra Aliha, de Honargardi, s’est entretenu avec chacun d’eux tour à tour. L’échange s’est déroulé en anglais ; il a été traduit en français, condensé et légèrement édité pour plus de clarté.

    Les deux cofondateurs de Namak sur un canapé rouge, avec Pierre Raffard assis en face, tous un micro à la main
    Les deux cofondateurs de Namak sur scène avec Pierre Raffard, Gaîté Lyrique, 17 octobre 2026.

    Rod Pourcyrus

    Kasra : Comment tout a commencé ?

    Rod Pourcyrus : Enfant, j’adorais tout ce qui touchait à la cuisine. J’allais voir ma famille à Berlin, parce que nous avons beaucoup de famille iranienne là-bas, et la première chose que j’ai aimée, c’est le döner kebab de Berlin. Je voulais en ouvrir un en France, parce qu’il n’y a pas de kebab de ce genre ici. J’avais quatorze ans. En grandissant, j’ai compris que ma mère, ma grand-mère, et même mon père cuisinent beaucoup, et que cette cuisine n’est tout simplement pas représentée en France. C’est là que tout a commencé, parce que j’aime cuisiner moi aussi. J’ai vraiment commencé à beaucoup cuisiner vers quatorze, quinze ans. Quand j’invitais ma famille et mes amis chez moi, ils ne savaient pas du tout ce que c’étaient que ces plats, mais ils les adoraient. Un invité français disait : « C’est quoi, ça ? Je n’ai jamais rien mangé de pareil de ma vie. » Et je me suis dit : il faut que je fasse quelque chose pour que plus personne ne dise cette phrase.

    Kasra : Vous avez développé une cuisine persane très singulière. Comment y êtes-vous parvenu ?

    Rod Pourcyrus : Au début, c’était très dur. Comme je l’ai dit pendant la conférence, les Iraniens sont très conservateurs en matière de cuisine, comme les Italiens. Nous pensions sur le long terme. Prenez la cuisine japonaise en France : est-ce ce que l’on mange au Japon ? Le California roll, ce n’est pas de la cuisine japonaise. Donc, quand on arrive dans un pays et qu’on veut y rendre une cuisine courante, on ne peut pas la faire exactement comme chez soi, parce que les goûts des gens ne sont pas les mêmes, ni les ingrédients. Nous n’avons pas beaucoup de fromage persan traditionnel ici, par exemple. Il a donc fallu nous adapter. Au début, nous n’avions aucune preuve de concept, et nous avions peur, moi plus qu’Arthur, parce qu’Arthur est français et y est donc plus habitué. Maintenant que les Iraniens savent ce que nous faisons à Paris, je pense qu’ils l’acceptent plus facilement. Ils savent que s’ils veulent quelque chose de vraiment traditionnel, ils ne viendront pas chez nous, mais que s’ils veulent quelque chose d’un peu différent, ils viendront. Nous avons donc fini par trouver notre place dans la cuisine parisienne, et nous adorons ça.

    Arthur Comte

    Kasra : Vous n’êtes pas iranien, et j’imagine que beaucoup d’Iraniens préféreraient un chef iranien. Comment les clients persans réagissent-ils ?

    Arthur Comte : Au tout début, c’était difficile, mais il a fallu nous adapter. La première chose que j’ai dû faire, c’est comprendre ce qu’est vraiment la cuisine persane. J’y consacre environ vingt-cinq ans maintenant, voire plus, en apprenant aux côtés de la famille de Rod. J’ai étudié ce qu’est vraiment la cuisine persane, du riz, l’élément principal, jusqu’aux ingrédients moins connus comme le fenugrec. Aujourd’hui, je connais presque tous les ingrédients persans. Quand un client arrive, je lui explique ce qu’est Namak et quelle est notre vision de la cuisine persane. Quiconque a cuisiné persan pour des invités français ou allemands sait qu’il faut équilibrer certaines saveurs. Sinon, c’est trop acide, ou trop aillé, ou les herbes sont trop fortes. Si c’est trop acide, un invité français n’en mangera pas. Mon rôle est donc de prendre le maximum de Rod et de sa mère de ce qu’est la cuisine persane, et de l’adapter : quel degré d’acidité, quel degré d’amertume je mets dans un plat, pour obtenir quelque chose de plus consensuel. Nous essayons de faire quelque chose qui s’adapte aux saveurs locales, et c’est exactement ce que nous faisons chez Namak. Nous prévenons les gens avant qu’ils mangent que ce sera différent, et quand nous le faisons, ils sont presque toujours ouverts à l’essai. La plupart du temps, ils apprécient, parce que je n’essaie pas de leur voler leur patrimoine culturel et gastronomique. J’utilise ce que j’aime le plus dans leur trésor gastronomique et j’en fais autre chose.

    Ce qui nous a le plus marqués : l’attention que Namak porte à l’esprit des saveurs iraniennes, et l’audace de ses jeunes fondateurs, qui les mettent au goût du jour tout en gardant cet esprit.

    À lire aussi : Voyage en cuisine iranienne : une conférence dégustation au festival Et maintenant ? d’ARTE.

    Sources : le site de Namak ; L’Hôtellerie-Restauration. Entretien et photographies : Kasra Aliha pour Honargardi, octobre 2026.

  • Voyage en cuisine iranienne : une conférence dégustation au festival Et maintenant ? d’ARTE

    Voyage en cuisine iranienne : une conférence dégustation au festival Et maintenant ? d’ARTE

    Le 17 octobre, dernier jour du festival Et maintenant ? d’ARTE à la Gaîté Lyrique, à Paris, le géographe de l’alimentation Pierre Raffard a donné une « conférence cuisinée » sur la cuisine iranienne. La séance, Voyage en cuisine iranienne, empruntait son titre à la série d’ARTE Voyage en cuisine, que présente Raffard, et s’appuyait sur des plats du restaurant parisien Namak.

    Le programme

    La sixième édition du Festival des idées de demain s’est tenue les 16 et 17 octobre 2026 à la Gaîté Lyrique (3bis rue Papin, 75003 Paris). L’entrée était gratuite, mais certaines séances exigeaient un billet réservé, qui ne garantissait pas une place. Celle-ci avait lieu de 14 h à 15 h dans la salle Audito et était présentée comme une « conférence immersive » : réservation obligatoire, entrée dans la limite des places disponibles.

    La description officielle présente la cuisine iranienne comme façonnée par les échanges, les migrations et les bouleversements du monde. Derrière le citron noir, l’eau de rose, le safran ou la pistache se cachent, dit-elle, des siècles de voyages, de commerce et d’influences. Pierre Raffard y est présenté comme géographe de l’alimentation, enseignant et présentateur de Voyage en cuisine.

    Dans la salle

    Pierre Raffard a commencé par présenter les deux cofondateurs de Namak, puis l’Iran et la cuisine iranienne plus largement. Le public a reçu un plateau de quatre petits pots numérotés de 1 à 4 à goûter : du yaourt, du fromage, du ghormeh sabzi et du sholeh zaard.

    Un plateau de quatre petits pots dont les couvercles sont numérotés à la main de 1 à 4, avec une cuillère en bois et une serviette, posé sur des genoux
    Le plateau de dégustation : quatre pots numérotés.

    Les diapositives détaillaient la composition des deux plats cuisinés. Le ghormeh sabzi, présenté comme « plat national iranien », était indiqué avec un mélange d’herbes (fenugrec, persil, ciboulette, coriandre), de l’oignon, des haricots rouges, du citron noir, du curcuma et de la cannelle, ainsi que des champignons de Paris au cumin, et se servait avec du pain lavash. Le sholeh zaard, un dessert de riz au safran, comportait du riz, du sucre, du safran, de l’eau de rose, de la cannelle, de l’amande et du beurre. Les allergènes étaient signalés sur les deux.

    Deux intervenants et Pierre Raffard sur scène sous une diapositive détaillant les ingrédients du ghormeh sabzi, présenté comme plat national iranien
    Le ghormeh sabzi à l’écran.
    Diapositive détaillant les ingrédients du sholeh zaard : riz, sucre, safran, eau de rose, cannelle, amande et beurre
    Le sholeh zaard à l’écran.

    Pierre Raffard a ensuite passé en revue les saveurs qui composent ces plats, parmi lesquelles la pistache, le safran, le citron d’Oman séché et l’eau de rose, et leur provenance.

    Diapositive montrant un gros plan de citrons noirs séchés
    Des citrons noirs séchés, à l’écran.

    Après la séance

    Honargardi a ensuite pu s’entretenir avec les deux cofondateurs de Namak, d’abord Rod Pourcyrus, puis Arthur Comte, sur l’adaptation de la cuisine persane à Paris. Lisez l’entretien : Les fondateurs de Namak : cuisiner persan pour Paris.

    Ce qui nous a le plus marqués : l’attention que Namak porte à l’esprit des saveurs iraniennes, et l’audace de ses jeunes fondateurs, qui les mettent au goût du jour tout en gardant cet esprit.

    Namak se trouve au 18 rue Saint-Lazare, 75009 Paris.

    Sources : le programme du festival Et maintenant ? (etmaintenant-lefestival.fr) ; le site de Namak. Texte et photographies : Kasra Aliha pour Honargardi, octobre 2026.