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  • MENART Fair 2026 à Paris : les linogravures de Mojdeh Atrak et les paysages de mémoire de Faour

    MENART Fair 2026 à Paris : les linogravures de Mojdeh Atrak et les paysages de mémoire de Faour

    MENART Fair, la foire parisienne consacrée à l’art moderne et contemporain du Moyen-Orient, d’Afrique du Nord et de leurs diasporas, a tenu sa septième édition du 23 au 25 octobre 2026 à la Galerie Joseph, 116 rue de Turenne, dans le 3e arrondissement, avec des avant-premières le 22 octobre. Placée sous le thème Where Is Home? (« Où est chez soi ? »), elle a réuni 34 exposants de 18 pays, selon l’annonce de la foire. Honargardi s’est entretenu sur place avec deux personnes : Tannaz Keshavarzian, directrice de la Galerie Keshavarzian à Paris, au sujet des linogravures de l’artiste Mojdeh Atrak (Iran), et Faour (Liban), dont les œuvres sont présentées par M|S Gallery de Beyrouth.

    Tannaz Keshavarzian, directrice de la Galerie Keshavarzian, devant des linogravures en noir et blanc de Mojdeh Atrak à MENART Fair, Paris
    Tannaz Keshavarzian, directrice de la Galerie Keshavarzian, sur le stand de la galerie, devant des linogravures de Mojdeh Atrak. Image extraite d’une vidéo : Kasra Aliha.

    Galerie Keshavarzian : les linogravures de Mojdeh Atrak

    La Galerie Keshavarzian présentait Mojdeh Atrak (Iran) dans le secteur Revealing, stand R3. En persan, Tannaz Keshavarzian a expliqué que la linogravure est la technique principale de la présentation : les images ont été gravées dans du linoléum, puis imprimées. Selon elle, l’imagerie naît de l’imagination de l’artiste et a été transférée sur les plaques ; elle décrit l’ensemble comme une collection très personnelle.

    Linogravure en noir et blanc de Mojdeh Atrak : trois animaux sombres sur une corniche en damier au-dessus d’arcades en briques abritant chacune une figure emmaillotée debout
    Une linogravure en noir et blanc de Mojdeh Atrak sur le stand de la Galerie Keshavarzian. Image extraite d’une vidéo : Kasra Aliha.

    La page de la galerie sur le site de la foire mentionne notamment une linogravure sur carton de 2024, issue de la série Be, and it is, et un relief en céramique émaillée modelé à la main de 2025, Dance in Infinity #1.

    Linogravure en noir et blanc de Mojdeh Atrak : une porte ornementée en arc près d’une grille, avec de grandes griffes et des chaînes au-dessus de personnages costumés sur un sol en damier
    Autre linogravure de Mojdeh Atrak : porte ornementée, grille et personnages sur un sol en damier. Image extraite d’une vidéo : Kasra Aliha.

    Le retour de la couleur

    La plupart des œuvres du stand sont en noir et blanc, avec très peu de couleur, a souligné Tannaz Keshavarzian. Un ensemble d’œuvres en couleurs montre, selon elle, que la couleur semble être revenue dans le travail de Mojdeh Atrak.

    Œuvre encadrée représentant un bouquet d’œillets rouge foncé sur papier rose pâle, dans un cadre rouge sur un mur gris
    Une des œuvres en couleurs du stand : un bouquet d’œillets dans un cadre rouge. Image extraite d’une vidéo : Kasra Aliha.
    Angle du stand de la Galerie Keshavarzian : une œuvre aux œillets dans un cadre rouge, une petite figure sur une étagère noire et deux œuvres colorées encadrées posées contre le mur
    Un angle du stand de la Galerie Keshavarzian, avec des œuvres en couleurs posées contre le mur. Image extraite d’une vidéo : Kasra Aliha.

    Linogravure et collage comme décor de scène

    Une pièce se distingue : une œuvre unique qui associe deux techniques, la linogravure et le collage, que Tannaz Keshavarzian compare à un décor de scène. Plusieurs linogravures sont montées les unes au-dessus des autres, avec des espaces entre elles qui donnent de la profondeur, le tout posé sur du velours noir.

    Détail d’un collage de linogravures en noir et blanc : montagnes enneigées au-dessus d’une façade de maison en briques avec un coq dans une fenêtre en arc et une base en damier
    Détail de l’œuvre associant linogravure et collage, montée en couches sur du velours noir. Image extraite d’une vidéo : Kasra Aliha.

    M|S Gallery : Faour, le chez-soi comme souvenir

    Chez M|S Gallery, dirigée par Michel El Daher et Sirine Ghalayini, Faour (Liban) présente des œuvres sur papier, dont des pièces à l’encre et à l’acrylique, d’après la page de la galerie sur le site de la foire (secteur General, stand F1). En anglais, Faour a relié ce travail à la question de la foire : où est le chez-soi ?

    Faour a grandi dans une zone rurale et isolée, ce qui a donné un regard extérieur sur la ville et une sensibilité à la quantité de stimulation qu’elle contient. Après un déménagement à Beyrouth pour étudier l’architecture, la fascination pour ce que les bâtiments peuvent dire d’un lieu n’a cessé de grandir. Avec le temps, la ville est devenue écrasante, et c’est ce que Faour cherche à représenter : la dualité entre la vie dans une ville dense et écrasante et un chez-soi qui, pour Faour, est la nature et les paysages — le calme, la paix d’être loin de tout.

    Puis est venue la guerre. « Avec la guerre, je n’avais plus accès à un chez-soi », a dit Faour. La ville a commencé à sembler de plus en plus étouffante, et le chez-soi à ressembler « davantage à un souvenir qu’à un lieu ». Les paysages urbains se sont faits plus denses — Faour les décrit comme des lieux où « on a l’impression que tout est tout près et qu’on est un peu observé » — et, à côté d’eux, sont venus ce que Faour appelle des « paysages oniriques », placés auprès de ces « paysages urbains monstrueux ».

    Informations pratiques

    Dates : du 23 au 25 octobre 2026 (avant-premières le 22 octobre)
    Lieu : Galerie Joseph, 116 rue de Turenne, 75003 Paris
    Thème : Where Is Home? (« Où est chez soi ? »)
    Fondatrice et directrice : Laure d’Hauteville
    Galerie Keshavarzian (Paris) : secteur Revealing, R3 — Mojdeh Atrak
    M|S Gallery (Beyrouth) : secteur General, F1 — Faour
    Site web : menart-fair.com

    Texte et photographies : Kasra Aliha. Tannaz Keshavarzian s’est exprimée en persan et est paraphrasée ici ; les propos de Faour sont cités d’après l’entretien enregistré en anglais et traduits par nos soins. Les informations sur l’événement proviennent du site officiel de la foire.

  • Artistes en danger : trois artistes en exil prennent la parole à l’UNESCO, à Paris

    Artistes en danger : trois artistes en exil prennent la parole à l’UNESCO, à Paris

    Le 26 octobre 2026, la salle IV de l’UNESCO, à Paris, a accueilli Artists at Risk: Voices That Cannot Be Silenced (« Artistes en danger : des voix qu’on ne peut réduire au silence »), une rencontre de 90 minutes organisée par la Représentation permanente de l’Irlande auprès de l’OCDE et de l’UNESCO et par l’ambassade d’Irlande. Trois artistes vivant en exil — Kubra Khademi (Afghanistan), Mohammed Al Qudwa (Palestine) et Mayada Adil (Soudan) — se sont entretenus avec la journaliste et animatrice irlandaise Dearbhail McDonald de la censure, du déplacement et de ce dont les artistes ont besoin une fois en sécurité.

    Quatre intervenants assis à une longue table en bois dans la salle IV de l’UNESCO à Paris, devant une diapositive projetée présentant les intervenants
    Le panel dans la salle IV de l’UNESCO, à Paris, devant la diapositive de présentation. Photo : Kasra Aliha.

    Ouverture : investir dans les artistes

    Le représentant permanent de l’Irlande auprès de l’UNESCO, l’ambassadeur David Brück, a ouvert la séance en expliquant que l’Irlande voit dans le soutien aux artistes un investissement dans la démocratie, la diversité et la cohésion sociale, et il a cité le dispositif irlandais de revenu de base pour les arts (Basic Income for the Arts). Ailleurs, a-t-il rappelé, des artistes subissent la censure, l’intimidation, le déplacement et la persécution ; lorsqu’on les réduit au silence, ce n’est pas seulement la création qui est visée, mais la liberté d’expression, le débat critique et la diversité des voix dont dépendent les sociétés ouvertes.

    Rosario Soraide, qui coordonne le Programme UNESCO-Aschberg pour les artistes et les professionnels de la culture, a rappelé la Recommandation de 1980 relative à la condition de l’artiste et la Convention de 2005 sur la protection et la promotion de la diversité des expressions culturelles. Selon cette intervention, le programme, financé par la Norvège depuis 2017, a soutenu des initiatives dans plus de cinquante pays, notamment des projets récents pour des artistes en Afghanistan, au Liban, en Palestine, au Soudan, en Ukraine et au Yémen, dont un pôle de création à Port-Soudan pour les artistes déplacés. « Les artistes ne devraient jamais avoir à choisir entre leur sécurité et le droit de créer », a affirmé Rosario Soraide.

    Un intervenant au pupitre de l’UNESCO, à côté d’un drapeau irlandais, dans la salle IV, avec la diapositive du panel à l’écran
    Allocutions d’ouverture au pupitre de l’UNESCO, salle IV, Paris. Photo : Kasra Aliha.

    Modératrice de la séance, Dearbhail McDonald a signalé que le rapport State of Artistic Freedom de Freemuse, publié cette année, désigne les conflits armés et le recul démocratique comme les deux crises jumelles qui frappent les artistes, avec Gaza, le Soudan, l’Ukraine, le Myanmar, le Liban et l’Iran parmi les territoires touchés. Elle a aussi présenté les mesures irlandaises en faveur des artistes : une exonération fiscale sur les revenus des artistes depuis 1969, l’académie Aosdána, soutenue par l’État, depuis 1981, et le revenu de base pour les arts, qui verse 325 euros par semaine pendant trois ans à 2 000 artistes.

    Trois œuvres, trois formes de risque

    Kubra Khademi, présentée sur la diapositive du panel comme artiste pluridisciplinaire hazara d’Afghanistan, était invitée à relier deux œuvres réalisées à plusieurs années d’intervalle : Armor, sa performance de 2015 dans les rues de Kaboul, et une œuvre plus récente montrée à Paris. Selon les récits publiés, les menaces qui ont suivi Armor l’ont contrainte à quitter l’Afghanistan. Elle a évoqué la colère que son travail avait suscitée, dit avoir accepté d’être secourue, et affirmé qu’une œuvre reste un message compréhensible au-delà de toute frontière. Interrogée sur le risque, elle a répondu qu’elle n’y pense pas lorsqu’elle travaille : « c’est ainsi que fonctionne l’art », a-t-elle dit, selon l’enregistrement.

    À propos du présent, Kubra Khademi a affirmé que l’Afghanistan est le seul pays où les femmes sont privées d’école et d’université, et que le silence du monde fait partie de la tragédie. Elle a raconté avoir écrit à de grandes figures féminines du pouvoir des lettres restées sans réponse, avant d’en faire un tableau.

    Mohammed Al Qudwa, Dearbhail McDonald, Mayada Adil et Kubra Khademi assis à la table du panel, sous la diapositive présentant Kubra Khademi
    De gauche à droite : Mohammed Al Qudwa, Dearbhail McDonald, Mayada Adil et Kubra Khademi. Photo : Kasra Aliha.

    Mayada Adil, médecin soudanaise devenue créatrice de mode et installée à Paris, a projeté un court film réalisé avec Google Arts & Culture sur le blanc, base de ses collections. Elle y voit une couleur de la résilience et de la paix des Soudanais, portée par les femmes qui ont mené la révolution de 2019, et dit l’avoir choisie pour montrer le peuple soudanais autrement que par la guerre qui domine l’actualité depuis avril 2023. Elle a rattaché l’une de ses collections, présentée à Paris à la réception africaine de l’UNESCO en 2018, à des femmes rencontrées dans un camp de réfugiés alors qu’elle exerçait comme médecin, et a déclaré que la mode « l’a menée jusqu’au palais de l’Élysée ».

    Image d’un film projeté montrant des personnes vêtues de blanc, avec le sous-titre « You can easily spot the white colour in all shades », au-dessus de la table du panel
    Le film de Mayada Adil sur la couleur blanche, projeté dans la salle IV. Photo : Kasra Aliha.

    Mohammed Al Qudwa, dramaturge et homme de théâtre palestinien, a présenté un extrait d’une création en cours, Root (« Racine »), fondée sur la façon dont les mots arabes remontent à des racines de trois lettres — son prénom, Mohammed, et Ahmed en partagent une — et sur ce qui arrive aux mots lorsqu’ils passent dans d’autres langues. Il a contesté l’expression « artistes en danger » elle-même, la comparant à des formules comme « Moyen-Orient », qui subsistent comme vocabulaire politique. Il a aussi parlé de Marakeb, une plateforme créée avec des artistes de Gaza pour que leur travail soit connu, et dit avoir emporté avec lui de la responsabilité plutôt que de l’espoir. Ses opinions sur la situation politique en Palestine lui appartiennent et sont rapportées ici telles qu’il les a exprimées.

    Ce dont les artistes ont besoin

    Invitée à dire quelle aide concrète l’assistance pouvait apporter, Kubra Khademi a appelé à une connexion mondiale entre artistes et institutions. Mohammed Al Qudwa a répondu : « Nous avons besoin de temps » — un temps qui suppose des matériaux abordables et la possibilité de créer sans devoir tout sauvegarder dans l’instant. Mayada Adil a cité le soutien psychologique, l’accès aux marchés, une aide pour les visas temporaires, la reconnaissance de l’art comme profession et non comme loisir, ainsi que des politiques inclusives ; l’essentiel, selon elle, est le sentiment d’appartenance.

    Questions de la salle

    Lors des questions, une membre de la délégation de l’État de Palestine, elle-même artiste originaire de Gaza, a demandé aux intervenants s’ils vivaient avec la culpabilité du survivant. Kubra Khademi a dit se sentir à la fois chanceuse et coupable d’être en vie ; Mohammed Al Qudwa, que l’art est sa thérapie ; Mayada Adil, que le deuil demande du temps et qu’il faut lui accorder tout celui dont il a besoin. Un participant iranien a déclaré que, pour les Iraniens, le temps signifie être en vie ou non, et que laisser les artistes se faire entendre est ce que l’assemblée peut faire de plus précieux. Une auteure irlandaise et une autre artiste ont également pris la parole, cette dernière pour dire combien il est difficile pour les artistes, les femmes surtout, de demander des financements. Dearbhail McDonald a ajouté qu’une étude pilote menée avant le revenu de base pour les arts avait comparé bénéficiaires et non-bénéficiaires et relevé une différence de bien-être et de capacité de création.

    En clôture, l’ambassadeur Brück a retenu trois choses : le courage des artistes, la responsabilité de parler au nom d’une communauté et un optimisme teinté de curiosité. « L’espoir est une action », a-t-il dit.

    Informations pratiques

    Date et heure : 26 octobre 2026, 11 h 00–12 h 30
    Lieu : UNESCO, salle IV, Paris
    Organisateurs : Représentation permanente de l’Irlande auprès de l’OCDE et de l’UNESCO ; ambassade d’Irlande
    Intervenants : l’ambassadeur David Brück ; Rosario Soraide ; Kubra Khademi ; Mohammed Al Qudwa ; Mayada Adil ; modératrice : Dearbhail McDonald

    Texte et photographies : Kasra Aliha et Behnood Massoumi. Les citations proviennent de l’enregistrement de la séance et du programme officiel ; les propos engagent leurs auteurs.